GTV6 WORLD

Une pépite nommée “2059 TL 60”

Un GTV6 Phase 1 intérieur cuir avec réellement 28500 km au compteur

 

L’histoire de 2059 TL 60 est peu banale.

 

Lorsque Madame B. me propose de venir chercher l’auto de son papa, j’étais loin de me douter que cela se transformerait en une histoire assez improbable. En effet, contre bons soins et l’engagement de la remettre en route, cette dame me propose de me céder la voiture de son papa décédé en décembre 2025. Cette voiture ? Une Alfetta GTV6 phase 1 de couleur noire avec intérieur cuir crème avec seulement et réellement 28500 km au compteur.

Étant spécialiste du modèle et en ayant sauvé un certain nombre, je ne pouvais pas refuser cette offre, et ce, même si initialement je disposais de peu d’informations fiables au sujet de cette voiture et notamment de son vrai kilométrage. Avant de venir récupérer la voiture, je demandais toutefois à recevoir quelques photos de la belle et je vérifiais qu’elle n’avait pas de souci administratif. Notez que la base de données HistoVec ne la connaît pas du fait que son certificat d’immatriculation, toujours en règles, est antérieur au 01/01/1996.

Finalement, les photos que je reçus me parurent encourageantes :

 

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Voici l’histoire de cette voiture :

Cette Alfa Romeo est initialement achetée neuve le premier avril 1983 au garage TRUCHOT situé dans 15ème arrondissement de Paris, par un Parisien de souche qui ne la sort ensuite que de temps en temps pour se rendre à sa maison de campagne située en région parisienne. Elle prend alors l’immatriculation 656 EJL 75.

Il s’agit d’un modèle phase 1, de couleur noir métallisé AR 909, équipé d’un intérieur cuir crème et dont le numéro du type dans la série est 009376. Cela signifie, comme souvent chez Alfa Romeo dans ces années-là, que cette voiture a probablement été vendue sur stock avec remise. En effet, elle est officiellement tombée des chaînes en juin 1982 avant d’être importée en France pour y être vendue en avril 1983. D’ailleurs, pour aller dans le sens d’une probable vente sur stock, la finition peinture noir métallisé, intérieur cuir crème sur sièges de phase 1, est typique des premières années de production à savoir fin 1980, 1981 et début 1982 (avant le 31 juillet et le changement de millésime).

 

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En revanche, il s’agit bien d’une version 13 CH fiscaux bénéficiant donc logiquement de la deuxième version de la boite à vitesses dont les 3ème et 4ème rapport sont un tantinet plus longs que sur la version dite en 14 CH. Mais cette version de boite reste malgré tout plus courte que la troisième version proposée par le constructeur les 2 dernières années de production de la phase 2 où les 1ère, 2e, 3e et 4e rapport sont rallongés par rapport à la version dite en 14 CH.

 

 

Comparatif des rapports de boite à vitesses sur GTV6 :

Les années indiquées dans le tableau ci-dessous sont à titre indicatifs car seul le numéro de châssis permet réellement de savoir quelle boite à vitesse a été installée sur votre GTV6. Mais l’indication est bonne !

Précisons que si la voiture dispose du « supplément à la notice de conduite », alors la voiture est équipée de la version 2 de la boite à vitesse. Dans ce supplément, sont clairement indiqués les nouveaux rapports de boite à vitesses.

Pour les plus jeunes, sachez qu’en 1985, la puissance fiscale reste à 13 CH et ne descend pas à 12 CH car à cette époque, l’administration française ne prenait en compte que les 4ème et 5ème rapport pour le calcul de la puissance fiscale. Or, entre les versions 2 & 3 de la boite à vitesses, les 4ème et 5ème rapport sont identiques : CQFD !

 

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Notez bien, je sais je me répète, que le montage de cette première évolution de la boite à vitesses, obligeât le constructeur à fournir au client un « supplément à la notice de conduite et d’entretien » pour l’informer des valeurs de rapports de boite. Donc, si votre GTV6 est dans ce cas alors vous devez avoir ce supplément en plus de votre manuel de bord.

Toujours est-il que 3 ans plus tard, ce Parisien décide de se séparer de sa voiture et la vend à Monsieur Foucault qui habite à cette époque-là à Trie-Château dans l’Oise, près de Gisors, la ville où, devinez quoi ? Je suis né en 1970 ! M. Foucault est alors âgé de 42 ans et il est fort possible que j’eusse croisé ce GTV6 à Gisors entre 1986 et fin 1988. Lors de cette vente, la voiture changeant de département, elle troque alors logiquement son immatriculation parisienne en 75 pour le numéro de plaque 2059 TL 60.

Ensuite, M. Foucault roule avec cette voiture jusqu’à ce qu’en janvier 1989, il soit confronté à une grosse fuite d’huile moteur et à un dysfonctionnement de l’anti-démarrage à code dont est équipée le bolide. Dès lors, en l’état, la voiture ne peut plus rouler et pire encore, elle ne démarre plus !

Or, c’est à cette même époque de sa vie que M. Foucault décide de racheter l’entreprise de mécanique de précision nommée « Société des Ateliers Jacquemin », située à Boissy-Le-Bois près de Chaumont-En-Vexin (une commune localisée près de Trie-Château). Selon son épouse, à cette époque, ce projet « d’une vie » nécessite de sa part un tel niveau d’engagement et d’investissement personnel qu’il ne prend même pas le temps de faire réparer sa voiture qu’il décide, en attendant, de stocker dans son garage chauffé à Trie-Château. La voiture n’affiche pourtant alors que 28500 km au compteur !

 

 

 

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Pour l’anecdote, avant de tomber en panne, son dernier plein d’essence est effectué le 3 janvier 1989 et sa dernière vidange est faite le 6 janvier 1989. Et, en l’espace de 2 semaines, le moteur va perdre son huile jusqu’au niveau minimum de la jauge.

 

 

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Je me suis amusé à calculer la quantité moyenne d’essence achetée par M. Foucault à chaque plein. Il prenait toujours son essence à la même station Total de Gisors. À cette époque, le prix d’un litre d’essence Super (vous vous souvenez, le pistolet bleu) était de 5 francs. Donc avec 310 francs, parfois un peu plus, il mettait environ 62 litres. Soit la quantité correspondant au moment précis où la jauge de réserve d’essence s’allumait.

Par ailleurs, à la fin de l’année 1988, M. Foucault s’acquitte du montant de la vignette de l’année 1989 et à ce jour, la voiture est toujours munie de cette dernière vignette sur son parebrise. Il n’y en aura malheureusement pas d’autres.

 

 

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Une autre anecdote savoureuse est qu’en décembre 1988, M. Foucault achète pour sa voiture des ressorts arrière sport, des barres de torsion de compétition et 4 amortisseurs sport. Des équipements qu’il ne montera finalement jamais, à l’exception des amortisseurs qui aujourd’hui encore sont en place sur la voiture. Les barres de torsion et les ressorts sont quant à eux conservés en parallèle. Des pièces que je décide finalement de ne pas prendre étant donné leur niveau de corrosion.

La suite de cette histoire est que les années passent inlassablement jusqu’à ce que M. Foucault prenne sa retraite et qu’avec son épouse, il décide en 2013, de déménager dans le département de la Sarthe, près du Mans. Pour rapatrier son GTV6, il fait monter 5 pneus neufs (roue de secours incluse) et le bolide est ainsi transporté sur un plateau jusqu’à son nouveau lieu d’hivernage qui malheureusement, n’offre pas les mêmes conditions de stockage idéales que chez lui situé à Trie-château. En effet, la voiture est installée au fond d’un atelier de campagne non chauffé et humide.

À noter que la voiture est à ce moment-là toujours dans le même état de non-fonctionnement. M. Foucault est alors motivé pour la faire réparer mais malheureusement, la maladie l’en n’empêchera. Il décide, malgré tout de conserver précieusement son GTV6, telle une relique d’un passé glorieux. Par la suite, les années continuent de passer inlassablement. Quelques 14 années durant lesquelles il ne se passera rien pour la voiture jusqu’à ce jour où, à la suite du décès de son propriétaire en décembre 2025, sa fille, me contacte pour me demander si j’étais intéressé pour prendre soin de la voiture de son Papa.

Et c’est donc, dans un état comparable à celui de la fin janvier 1989, que je découvre cette voiture « sortie de stockage », le 7 mars 2026. Ou presque ! Car le temps, malgré tout, fait son œuvre indubitablement et abîme quelques peu certains éléments, surtout lorsque les conditions de stockage ne sont pas optimisées comme celles des 14 dernières années. De même qu’un stockage total d’un peu plus de 37 années, implique souvent quelques coups portés à la voiture liés aux mouvements de celle-ci et/ou à son transport lors de son déménagement.

 

Cela étant dit la voiture est restée dans des conditions pour le moins avantageuses.

Je note notamment que :

  • Les sous-bassement sont en parfait état ;
  • Il n’y a aucune corrosion au niveau des supports de cric ;
  • Il n’y a aucune corrosion des planchers ;
  • Les joues d’ailes sont en parfait état ;
  • L’intérieur cuir est en parfait état et les sièges doivent simplement être nettoyés et traités pour retrouver leur souplesse originelle ;
  • La moquette de couleur marron a gardé sa belle teinte d’origine et ne présente aucune décoloration partielle ;
  • Le tableau de bord est en parfait état car la voiture a été stockés à l’abri du soleil. Il présente notamment cette belle surface granitée d’origine qui s’estompe généralement dans le temps et/ou à la suite des multiples nettoyages effectuées avec des solvants de qualité plus ou moins douteuse ;
  • Les boutons de ceinture de sécurité ont conservé ce beau rouge originelle (ils sont en général blanchis par le soleil) ;
  • La voiture dispose de sa pochette complète de documents de bord ;
  • La voiture dispose du « supplément à la notice de conduite et d’entretien » pour spécifier le nouvel étagement de la boite à vitesses dite « version 2 », dont les 3 et 4ème rapport sont légèrement plus longs que sur la version dite en 14 CH fiscaux commercialisée initialement. Notez que ce supplément présente également les évolutions du faisceau électrique qui diffère de la première version de début de production. À partir de 1982, les alimentations des boutons de vitre électriques sont simplifiées, la pompe de lave phare étant plus puissante, un relai de puissance est installé dans la partie avant gauche du compartiment moteur, …
  • Chose rarissime, la voiture dispose de ses 2 jeux de clés livrés d’origine 2 X (1 clé pour les 3 ouvrants, la clé du bouchon d’essence et la clé de contact) ;
  • Encore plus rarissime, la voiture dispose de sa boite à outils livrés d’origine avec la fameuse clé à bougie spécifique au V6. La chance étant de mon côté, sur les 6 Alfetta GTV6 que j’ai acquis dans ma vie, j’ai récupéré 3 clés à bougie de ce type. Mais pour autant, seule ce GTV6 noir possède encore la pochette de rangement en plastique noir dans laquelle était stockée ladite clé à bougie ;
  • Elle possède également sa manivelle livrée d’origine permettant d’actionner les vitres électriques en cas de défaillance des moteurs de vitre électriques ;
  • Une autre chose rarissime, la voiture possède son cache autoradio d’origine tout en étant équipée d’un beau modèle d’autoradio datant de 1983 ;
  • L’usure intérieure est proportionnelle au faible kilométrage de l’auto et tout est bien positionné, bien vissé, sans aucun jeu ni visse manquante …
  • Les attaches de la tablette sous la boite à gants ne sont pas cassées et n’ont jamais été démontées.
  • Autre chose rare, le volant et le pommeau imitation « bois » sont comme neuf ;
  • Les aiguilles des compteurs sont bien rouges et ne sont pas déformées ;
  • Extérieurement, le kit carrosserie n’est quasiment pas déformé. Ce qui prouve que c’est bien l’exposition au UV qui fait se déformer les parechocs ;
  • Chose assez curieuse, la plage arrière est un modèle garni de simili cuir et non de moquette noire. Aussi, suis-je en présence d’une option réservée à un marché spécifique ? Je dois mener une enquête pour savoir s’il s’agit d’un cas d’espèce ou si la plage livrée d’origine a été changée. À savoir que les Alfetta GT des années 70 étaient équipées d’une plage arrière sans moquette, mais celle-ci était fabriquée en « résine type bakélite » et avait pour défaut d’être très lourde. Ce modèle de plage arrière était donc très différent de celui qui équipe ce GTV6 et dont sincèrement, je ne connaissais pas l’existence. Or présentement, nous ne sommes pas en présence, à l’évidence, d’une pièce refaite de façon artisanale. Il apparaît clairement qu’il s’agit d’une pièce produite industriellement, ce qui me fait penser plutôt à un équipement réservé à un marché différent de celui de la France.
  • Les feux arrière sont en parfait état, de même que les éclaireurs de plaque ;
  • Les feux avant n’ont aucune corrosion ;
  • Le kit carrosserie en plastique est en parfait état, de même que les attaches de bas de caisse ;
  • La voiture possède aussi son cric et de sa roue de secours.
  • Son compartiment moteur est complet et rien n’a été bidouillé, hormis quelques fils de l’antidémarrage connectés à la bobine ;
  • L’isolant du capot moteur est dans un état neuf. C’est d’ailleurs la première fois que je vois cela ;
  • Le bac a batterie ne présente aucune corrosion.

 

Finalement, cette voiture serait-elle parfaite ?

 

Eh bien non ! Car comme je le dis plus haut, même si une voiture n’est pas utilisée, le temps agît de façon insidieuse et participe à la dégradation de certains organes.

 

La voiture présente donc quelques défauts que je devrais corriger :

  • Le vernis de la peinture commence à se décoller à certains endroits ;
  • La carrosserie présente un petit poc au niveau du coin de l’aile avant droite ;
  • La porte droite présence un “coup de portière” ;
  • L’aile arrière gauche présence quelques traces de corrosion superficielles ;
  • Le rétroviseur intérieur s’est décollé du parebrise et en tombant, la glace s’est brisée ;
  • Le bandeau de parechoc arrière est partiellement cassé ;
  • La coque du rétroviseur extérieur est déformée et n’est pas récupérable. Probablement un choc provoqué lors d’une manœuvre de la voiture. Néanmoins, le joint de la coque du rétroviseur est bien présent et il a conservé toute son élasticité ;
  • De la boue s’étant accumulée au niveau de la tôle de jonction du bac de roue de secours sur la droite, la corrosion a perforé le bac sur la partie droite. Il s’agit là du seul point important à faire corriger par un professionnel ;
  • L’équipement des soubassements présentent parfois une légère corrosion de surface qu’il sera, malgré tout, facile de corriger ;
  • La ligne d’échappement est corrodée et est à changer  ;
  • Les freins sont à refaire ;
  • Le moteur n’a pas tourné depuis janvier 1989 !
  • Je ne sais pas dans quel état est la boite à vitesse ;
  • Je ne sais pas dans quel état est l’embrayage ;
  • La voiture est équipée d’un système d’anti-démarrage à code, inutilisable.

 

Finalement, malgré les points à corriger, cette voiture constitue une véritable pépite, une sorte de capsule temporelle qui mérite d’être conservée précieusement.

Côté carrosserie, hormis le trou du bac de la roue de secours et de l’aile arrière gauche qu’il convient de faire reprendre par un professionnel, je vais certainement laisser la voiture dans son jus d’origine.

Côté intérieur, les éléments en cuirs vont être nettoyés et traités pour qu’ils retrouvent leur souplesse originelle. Je dois changer la vitre du rétroviseur intérieur.

Côté mécanique, c’est la grande incertitude et je préfère sortir le moteur pour le refaire malgré le faible kilométrage. Pour mémoire, la voiture présentait une grosse fuite d’huile qui a pu être à l’origine d’une usure prématurée.

Et bien entendu, il va falloir supprimer l’antidémarrage codé et remettre le faisceau électrique dans sa configuration d’origine.

Cela étant dit, pour le plaisir et après avoir supprimé la fuite d’huile et nettoyé de compartiment moteur, j’essaierai tout de même de le redémarrer. Avec à la clé des joints de queue de soupape qui après 37 années de stockage ont dû logiquement se transformer en pierre ! Mais ce sera très utile pour le passage au Contrôle Technique permettant d’obtenir la carte grise.

En résumé, je ne regrette absolument pas cette acquisition qui constitue une très belle surprise et je compte bien redonner à ce beau GTV6 une nouvelle vie et de tenter d’effacer les quelques 37 années « d’abstinence » mentionnées dans son CV.

Elle mérite assurément de reprendre la route et de rentrer dans ma modeste collection !

Amen !

 

PS : Il est écrit, quelque part, que je dois posséder un GTV6 Phase 1 intérieur cuir crème … Car comment expliquer qu’après avoir céder le premier à Jérémy, on me propose celui-là ? Il n’y aura pas de 3ème chance ! J’en suis convaincu. Donc, celui-ci restera dans la famille.

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